L’escroquerie dite du “wash wash”, plus connue sous le nom d’arnaque aux billets noirs,
continue de faire des ravages. Derrière ce procédé frauduleux se cache un mécanisme
parfaitement rodé, fondé sur l’illusion et la manipulation. Il piège des victimes qui se
retrouvent parfois, de manière paradoxale, poursuivies comme des coupables et exposées à
de lourdes condamnations. Une confusion lourde de conséquences, alors même qu’il n’existe,
dans ces affaires, ni contrefaçon ni véritable monnaie.
VENDRE DU FAUX COMME DU VRAI
Le mode opératoire est désormais bien identifié. Des escrocs approchent leurs cibles avec une
promesse séduisante : accéder à une importante somme d’argent prétendument dissimulée sous forme de billets noircis. Selon leur récit, ces billets auraient été recouverts d’un produit chimique pour contourner les contrôles douaniers ou sécuritaires. La réalité est tout autre.
Ces supposés billets ne sont, en vérité, que de simples papiers noirs, sans aucune inscription, sans valeur fiduciaire, découpés au format de billets de banque. Pour donner du crédit à leur discours, les escrocs orchestrent une démonstration : à l’aide d’un liquide présenté comme un “produit
miracle”, ils “nettoient” un billet noirci qui retrouve son apparence normale.
En réalité, il s’agit d’un tour de passe-passe reposant sur l’utilisation de véritables billets préparés à l’avance.
LE PIÈGE DU “PRODUIT MIRACLE”
Une fois la confiance installée, la victime est incitée à acheter ces faux billets ou à financer leur prétendu “lavage ”en investissant sur ce fameux produit chimique indispensable pour sortir de vrais billets de banque.
C’est ici que se joue le cœur de l’escroquerie :
Le produit miracle n’existe pas. Les billets ne deviendront jamais de l’argent.
Après avoir encaissé l’argent, l’escroc multiplie les stratagèmes pour prolonger l’illusion : (flacon
cassé, produit saisi par les douanes, nouvelle filière à explorer…). Il soutire ainsi des sommes importantes à la victime sous prétexte de se procurer ce prétendu produit chimique qui ferait d’elle une personne riche.
Pendant ce temps, la victime conserve ces papiers noirs, dans l’espoir d’un dénouement favorable, et hésite souvent à se tourner vers les FDS, consciente d’être engagée dans une opération illicite.
Jusqu’au jour où elle est interpellée.
VICTIMES OU COUPABLES : UNE CONFUSION PRÉOCCUPANTE
Dans plusieurs dossiers, des personnes arrêtées en possession de billets noirs sont poursuivies pour
des faits assimilés à de la contrefaçon. Pourtant, cette qualification interroge : les éléments saisis
ne sont pas des faux billets, mais des objets dépourvus de toute valeur monétaire.
Le cas du Commandant Chimère Barro illustre cette problématique. Chef de corps du bataillon de
la Musique principale des forces armées, il est poursuivi dans une affaire portant sur des billets
noirs estimés à près d’un (milliard de FCFA). Jugé le 14 mars dernier, il risque d’encourir une
peine lourde, le parquet ayant requis dix ans d’emprisonnement, délibéré attendu le 15 avril
prochain.
Au cœur de ce type d’affaires, une interrogation fondamentale demeure :
Peut-on parler de
contrefaçon lorsqu’il n’existe ni billets authentiques, ni imitation de monnaie légale ?
LA NOTION DÉTOURNÉE DE “CONTRE-VALEUR”
Pour renforcer leur crédibilité, les escrocs et parfois même les FDS invoquent la notion de contre- valeur. En économie, ce concept renvoie à une équivalence réelle entre deux valeurs.
Dans le cadre du “wash wash”, cette notion est totalement dévoyée :
- Aucune valeur équivalente n’existe
- Aucun argent réel n’est dissimulé
- Aucun procédé ne permet de révéler une quelconque valeur
La “contre-valeur” avancée n’est qu’un argument fallacieux, d’autant plus que ces prétendus billets
noirs ne comportent aucune inscription.
UNE MÉCANIQUE DE L’ILLUSION:
L’arnaque aux billets noirs repose sur trois piliers essentiels :- Une promesse de richesse rapide
- Une démonstration truquée
- Un produit miracle inexistant
Mais son effet le plus pervers reste ailleurs : transformer des victimes en suspects, faute de
compréhension du mécanisme réel de l’escroquerie, avec à la clé des procédures judiciaires et des peines potentiellement tres lourdes.
CONCLUSION:
L’arnaque du “wash wash” n’est ni une affaire de fausse monnaie ni de contrefaçon. Il s’agit d’une
escroquerie pure, fondée sur la vente de papiers noirs et l’illusion d’un procédé chimique fictif.
Mieux comprendre ce phénomène est essentiel pour éviter les pièges et prévenir de nouvelles
victimes. Mais il faut aussi rappeler une réalité souvent occultée : la promesse de gains faciles
nourrit la crédulité.
Car, au-delà de la manipulation, c’est bien souvent la cupidité qui pousse certaines victimes à s’engager dans ce type d’opération… et, tragiquement, à les conduire devant la justice, voire en prison
Aliou kassé



